Se servir des NTIC pour vulgariser le N’Ko

La Guinée, en 58 ans de souveraineté, a vu se succéder plusieurs reformes linguistiques et pédagogiques pour la consolidation de son système éducatif, base de son développement socio-économique et culturel. Malgré ces efforts, la Guinée a l’un des taux d’analphabétisme les plus élevés au monde (UNESCO).

Face aux nombreuses interrogations que suscitent des points de vue divers, nous pouvons nous tourner vers l’avenir en nous posant ces deux questions principales :

Est-il nécessaire d’utiliser nos identités linguistiques pour une réémergence de la Guinée ?

Si oui, Comment doit-on mettre ces langues au service du développement de notre pays ? 

E-learning written on chalkboard with computer mouse

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Pour répondre à ces questions, nous allons baser notre intervention sur l’analyse approfondie des informations issues des sources vérifiables comme : l’UNESCO, l’Académie Africaine des Langues, l’Unicode, l’académie N’ko et le Département Didactique des Langues de l’IRLA en Guinée, le tout reposant sur les 67 ans d’expériences de l’alphabet N’ko en Guinée, en Afrique et dans le Monde.

En effet, après 16 ans d’utilisation dans l’enseignement guinéen (1968-1984), les langues nationales ont été suspendues au profit du français lors des états généraux de l’éducation en juin 1984. Cette suspension a duré environ 27 ans.

Pourtant, dans de nombreux pays africains, européens et américains, se déroulent, sous des formes variées, des programmes d’enseignement bilingue. A ce propos, Les réflexions individuelles et collectives ont permis de constater que l’utilisation de la langue du milieu dans cet enseignement a conféré d’énormes bénéfices non seulement aux élèves, mais aussi aux pays ayant abrité ces expériences. Ces bénéfices sont d’ordre pédagogique, linguistique, cognitif, sociopolitique et culturel.

Sur le plan pédagolinguistiques, les experts reconnaissent que débuter l’apprentissage des connaissances instrumentales (lecture, écriture, calculs) dans la première langue de l’enfant favorise une meilleure maîtrise de la langue seconde. Il est admis qu’on apprend à lire une fois. Un apprenant qui maîtrise la lecture dans sa langue peut facilement effectuer le transfert de cette compétence dans l’apprentissage de la langue seconde. Par exemple, les enseignements pionniers de l’expérience guinéenne de la première république reconnaissent que les élèves de cette période avaient des qualités requises en lecture, preuve de leur richesse en vocabulaire.

Sur le plan Cognitif, des recherches menées sur l’enseignement bilingue attestent que les compétences académiques acquises dans la langue première de l’apprenant peuvent faciliter l’acquisition d’autres enseignements dans la langue seconde.

Le chercheur d’ALGALIAN en 2000 disait : « les fonctions cognitives et les résultats scolaires sont stimulés et favorisés chez  l’apprenant dont la langue 2  a été acquise sans recul, ni perte de la langue 1, laquelle a été maintenue présente et qui a gardé son prestige dans l’environnement familial et social ».

Le chercheur-pédagogue LERALU affirmait en 1993 que les épreuves de français sont mieux réussies par des enfants en classes bilingues françaises qu’en classes monolingues françaises.

De même, les résultats publiés sur l’expérience des classes bilingues Sango/Français en Centrafrique révèlent que les élèves de CM2 (6ème) issus des classes bilingues sont meilleurs à ceux qui viennent des écoles classiques.

Egalement au Mali, la pédagogie convergente d’apprentissage des langues nationales et du français expérimentée à Ségou en 1987, a connu un succès éclatant, succès qui a conduit à sa généralisation progressive à toutes les écoles à partir de 1994.

Aujourd’hui, nous constatons l’existence des sujets de langues nationales parmi  les épreuves de culture générale destinées aux bacheliers maliens. Quelle fierté culturelle.

Autre exemple très près de nous en Haute guinée, les résultats enregistrés par les élèves bilingues Nko/ Français, à Siguiri comme à Kankan, confirment leurs performances en français au regard de celles des élèves formés dans les écoles classiques, d’après l’IRLA en 2005.

Sur le plan sociopolitique, la décision d’utiliser les langues nationales comme médiums dans l’éducation formelle et non formelle, pour les citoyens sans distinction d’âge et de sexe est un acte politique majeur. Sa mise en œuvre peut permettre entre autres : la concrétisation d’une politique d’émancipation sociale et culturelle qui peut offrir la possibilité à tous les citoyens adultes d’accéder à l’ensemble des connaissances sans discrimination. Cette disposition permet du reste de restaurer la dimension de la personnalité de l’homme à travers le renforcement de son identité culturelle, intellectuelle et morale. Autrement dit, chez l’apprenant, le recours à une éducation bilingue bien gérée favorise son enracinement culturel et renforce son attachement à la patrie, à famille et à la communauté dans laquelle il vit. Cette attitude positive du citoyen facilite la cohabitation fraternelle dans un espace inter-cultuel diversifié.

Cette stratégie d’éducation, politiquement, édifie et consolide l’unité nationale si elle bénéficie d’un aménagement judicieux des langues du pays. Ainsi, par le biais de l’école, on peut former des citoyens intègres et tolérants. C’est pourquoi la politique linguistique de la première république avait réussi à évacuer de l’esprit des guinéens tout sentiment de rejet de la langue des autres. Des observations empiriques, selon l’IRLA en 2005, indiquent que 3 guinéens sur 5 sont en général bilingues. Or, on sait que parler la langue de l’autre crée, spontanément, un sentiment d’appartenance à une même communauté linguistique. Ce qui stimule un esprit d’acceptation mutuelle et de tolérance.

Sur le plan Culturel, l’utilisation des langues nationales comme médiums d’apprentissage concomitamment avec le français, offre une possibilité de réhabilitation des valeurs culturelles du terroir. Cette réhabilitation de la culture dans les programmes d’éducation bilingue passe par l’introduction à l’école des valeurs culturelles positives de l’Afrique, des contes et des proverbes, des chants et danses, de la musique du milieu et des instruments traditionnels de musique. Si nous ne prenons pas maintenant la peine d’ancrer la jeunesse dans notre culture, nous préparons des lendemains difficiles pour notre continent qui a été si éprouvé. Selon l’académie N’ko il serait difficile de faire un développement durable sans la dimension culturelle.

Cette culture, une fois revalorisée, donne en effet à chacun de l’estime de soi, de la fierté, de la confiance en ses propres capacités favorisant ainsi la créativité et la production intellectuelle locale pour la survie de la communauté.

Cet enseignement bilingue permet enfin de réduire d’une année le cycle de formation au primaire (de 5 au lieu de 6 ans). Au vu de cette réalité, beaucoup de pays dans le monde sont entrain de revenir sur l’introduction et la valorisation des langues nationales dans leur système éducatif. Par exemple, dans un pays monolingue comme la France on enseigne actuellement la langue Occitan dans une cinquantaine de lycée à Toulouse et ses environs, sans oublier le breton ou le corse.

Au Canada , plusieurs langues minoritaires des esquimaux ont été codifiées dans l’ordinateur en même temps que le N’ko.

Au Maroc, le tifinagh des berbères a été codifié alors que L’arabe et le français sont langues officielles.

Mais de nombreux compatriotes pensent à tort que le bilinguisme ou le plurilinguisme est un obstacle pour l’unité nationale alors que c’est un atout. Sur les 196 Etats du monde, moins de dix sont monolingues.

Si l’introduction des langues du milieu dans le système éducatif s’avère nécessaire pour justifier notre souveraineté, alors l’utilisation de l’écriture N’ko pourrait conférer à cette reforme linguistique toute la fierté culturelle qu’elle mérite. L’Université Kofi Annan servira de bon exemple pour les autres.

Les travaux en N’ko nous ont fait découvrir que nos langues sont d’une richesse exceptionnelle et peuvent être portées au niveau des grandes langues internationales si nous nous déterminons à le faire. Dans le cas contraire, elles se créoliseront ou disparaîtront finalement dans deux siècles comme 200 autres l’ont déjà été en Afrique.

Pour la Guinée, le Mandényi, première langue de l’île de Tombo, a disparu. Le Baga qui est venu après le Mandenyi est en voie de disparition à Conakry avant de l’être dans les villages de la côte sous l’envahissement des grandes langues de communication du pays avant celles étrangères. La langue est comme un corps, elle vit, se développe et peut mourir si on n’y prend garde. Ce sera alors une civilisation de perdue pour l’humanité entière. Or, au rendez-vous de l’universel, chaque entité se présentera avec son identité.

Et notre identité la plus marquante aujourd’hui est bel et bien l’alphabet N’ko qui est actuellement enseigné les grandes universités du monde.

Commentaire

  • loncebalitai

    Ce texte fait appel à tout panafricaniste de la nécessité de la revalorisation des nos langues nationales à travers un outil qui peut les conserver sur toutes ses spécificités.Il est à rappeler que le premier régime Guinéen avait fait une expérience, sur quoi les langues locales peuvent être un facteur incontournable dans le développement d’une nation. Mais cette expérimentation a montré ses limites car, c’était un autre système d’écriture qui était utilisé pour la transcription et l’apprentissage de ces langues. Or, il a été prouvé par le Grand savant SOLOMANA Kanté que les langues qui n’ont pas les mêmes caractéristiques ne peuvent utiliser le même système d’écriture. Il a pris l’exemple sur les langues Européennes qui ont empruntées le Latin et d’autres.Cependant, en ce qui concerne les langues Africaine, elles sont les langues à ton. Ainsi, SOLOMANA Kanté, après 5 ans (1943-1949) à écrire le Malinké à travers le Latin dans un premier temps et l’Arabe dans un second temps, a inventé un système d’écriture capable de transcrire convenablement non seulement les Langues Africaines, mais aussi toutes les langues au monde.En effet, l’handicape qui pourrait être la cause principale de la non traduction des sciences dans nos langues Africaines, principalement les langues locales Guinéennes est vaincu.Par ailleurs, nous serions confronté à des préjugés depuis quelques décennies en Guinée. Du coût, beaucoup de personnes pensent que le N’ko est spécialement communautaire.Nous devons alors mètres tout oeuvre pour une prise de conscience de nos frères et sœurs en ce concerne la valorisation des langues maternelles, seule gaze d’un développement durable et équilibrer.

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